28 juillet 2026 — Victor Evrard, fondateur de Ma Cave à Vin
Quel vin pour la cuisine asiatique épicée : thaï, indien, vietnamien, chinois

Chez moi, quand je cuisine thaï, indien, vietnamien ou chinois, mon père arrive toujours avec ses « mauvaises bouteilles ». Sa logique : les épices vont gâcher un bon vin, alors autant en sacrifier un moins bon, sans pour autant se résoudre à boire de l'eau. Sauf que ce raisonnement part d'une fausse prémisse : ce n'est pas le vin en général que les épices gâchent, c'est un certain style de vin. Avec la bonne bouteille, pas besoin de sacrifier quoi que ce soit.
Pourquoi les vins tanniques et puissants ne passent pas
Le piquant (piment, gingembre, poivre) est amplifié par l'alcool et par les tanins : un rouge structuré et généreux en degré va accentuer la sensation de brûlure au lieu de l'apaiser, et souvent développer un goût métallique désagréable au contact du piment. C'est le même principe que pour le fromage, où les tanins réagissent mal avec certaines matières, mais ici c'est la chaleur du plat qui pose problème plutôt que le gras.
Thaï et indien : misez sur le sucre et l'arôme
Pour les currys thaïs ou indiens, un vin blanc aromatique avec un peu de sucre résiduel est la meilleure réponse : le sucre calme le piquant, et l'intensité aromatique du vin tient face aux épices (citronnelle, coriandre, cardamome, curcuma) sans s'effacer.
- Gewurztraminer d'Alsace : la référence pour les currys thaïs, ses notes de litchi et de rose s'accordent naturellement avec la citronnelle et le lait de coco
- Riesling demi-sec (Alsace ou Allemagne) : un peu plus discret, très polyvalent sur l'ensemble des plats indiens
Vietnamien et chinois : la même famille pour le sucré-salé
La cuisine vietnamienne et chinoise ajoute une dimension sucrée-salée (sauce soja, hoisin, cinq épices) qui demande la même logique : un vin trop tannique tourne au métallique au contact du soja, exactement comme avec un fromage ou un piment. Restez sur un blanc aromatique, sec ou demi-sec selon le plat.
- Riesling (sec pour les plats plus légers, demi-sec pour les plats plus relevés)
- Chenin blanc demi-sec (Vouvray) pour les plats sucrés-salés typés
- Un effervescent (Crémant, Champagne brut) pour les rouleaux de printemps, raviolis vapeur ou plats plus frits : ses bulles et son acidité nettoient le palais entre les bouchées, un peu comme pour une planche mixte
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Créer un compte gratuitCe qu'il ne faut surtout pas sortir
Un Bordeaux structuré, un Cabernet Sauvignon puissant ou tout rouge très tannique : ce sont exactement les bouteilles que la logique de mon père visait à protéger, et elles sont effectivement les plus mauvaises candidates. Mais la solution n'est pas de sacrifier une moins bonne bouteille à la place : c'est de sortir un Gewurztraminer ou un Riesling, qui eux tiennent parfaitement la route.
La prochaine fois qu'un repas épicé s'annonce, pas besoin de choisir entre bien boire et bien manger : les deux sont compatibles, à condition de changer de rayon.
Tous les plats épicés ne se ressemblent pas pour autant : pour un couscous, où le piquant vient surtout de la harissa ajoutée à table plutôt que du plat lui-même, c'est plutôt un rosé ou une Syrah qu'il faut sortir.
